Parrainez un enfant riche (PER) est un projet de websérie qui prend l'apparence d'une campagne humanitaire, où chaque épisode est une infopub au ton sensationnaliste et caricatural. Développée depuis 2011 par des créateurs du milieu artistique, communautaire et multimédia de Rimouski au Québec, cette fiction multiplateforme veut à la fois divertir et explorer le concept de pauvreté relationnelle. Un clin d'oeil aux campagnes de Vision mondiale, mais dans une logique inversée, où ce sont les détresses typiques des sociétés de consommation – anorexie, cyberdépendance, troubles anxieux – qui deviennent la problématique à enrayer.
Qui est riche? Qui est pauvre? Campagne fictive ou réelle? Les responsables de PER brouillent volontairement les cartes pour provoquer la discussion. L'architecture du site départage néanmoins le vrai du faux. Le menu à votre droite est divisé en deux blocs, le premier consacré au volet fictif et l'autre qui montre les ficelles derrière la fiction.
Le ton caricatural de PER est inspiré des publicités sensationnalistes et victimisantes qui font le succès des campagnes humanitaires. La réalité est évidemment plus complexe et moins homogène sur le terrain, autant dans le Nord que dans le Sud (voir sous-section Pièges à éviter). Un ton éminemment caricatural, qui n'enlève malheureusement rien aux statistiques troublantes: 20% des ados ont des pensées suicidaires au Canada; 25% des jeunes souffrent d'isolement au Québec; 60% d'entre eux sont cyberdépendants; 12% s'automutilent; 30% des ados sont sous l'influence de médicaments aux États-Unis…
Le projet démarre en 2011 avec une recherche-action qui mobilise une cinquantaine de personnes de Rimouski: 15 immigrants, 30 élèves, 3 artistes, 2 stagiaires et 1 professeur (voir section Recherche-action). L'expérience permet de définir les contours du concept de pauvreté relationnelle et de comparer la réalité québécoise à celle des pays moins développés économiquement, d'où provenaient les immigrants participants. Mais avant tout, cette recherche-action génère les idées et les personnages qui apparaîtront dans les capsules vidéo d'une websérie en développement.
Co-scénarisée par Julien Boisvert et Myriam Verreault, chaque capsule de la websérie est consacrée à l'histoire d'un enfant riche transformé par un parrainage. Pour un avant-goût du ton adopté, visitez la section Reportages. Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite et indépendante de notre volonté.
« La pauvreté relationnelle englobe un ensemble de phénomènes tel que la désertification des relations de convivialité, de solidarité et de proximité. Ce type de pauvreté est souvent combattu par un "béquillage" médicamenteux qui commence tôt dans la vie des enfants et se poursuit tout au long de l'existence, avec un éventail incroyable de pilules, de cures, d'interventions et de consultations. Pauvreté des échanges conjugaux, familiaux, sociaux, qui s'exprime par des conflits intra et interpersonnels, par de la violence, du mal-être et même de la violence contre soi. » (définition tirée du site psychologies.com)
La pauvreté relationnelle, c'est autrement dit les relations qui s'effritent entre générations, entre voisins, ou encore les relations éphémères et superficielles entre amis, élèves, collègues, etc.
La pauvreté relationnelle engendre des conséquences souvent tragiques : suicide, anorexie, automutilation, etc. Les pouvoirs publics mettent sur pied de nombreuses campagnes de prévention, mais à constater la persistance de ces phénomènes, force est d'admettre que l'efficacité des dites campagnes est finalement assez faible. Comme si la nature de ces campagnes, aux tendances parfois moralisatrices et peu nuancées, n'arrivait pas à percer la carapace et le cynisme que nombreux jeunes ont développés. PER propose une manière différente d'aborder les mêmes sujets, en utilisant les médiums qu'ils connaissent (Web participatif, vidéo) et un langage qui est le leur : la dérision, le deuxième degré, le ton ludique, etc.
À l'inverse des campagnes de prévention, qui traitent chaque problématique isolément, le projet les aborde avec une vision systémique, historique et non-fragmentée. La détresse psychologique, ce n'est pas non plus seulement un dérèglement des combinaisons chimiques au niveau du cerveau, comme le clament les porte-paroles de l'industrie pharmaceutique. Il est pressant de ramener dans le débat public les explications systémiques et sociétales aux détresses des individus.
Les responsables misent aussi sur approche participative, en intégrant le public dans le succès de la campagne. D'abord à travers la recherche-action menée en 2011, et ensuite par l'utilisation des réseaux sociaux et des fonctionnalités interactives sur le site web. Comme le disait Confucius : « Dis-moi et j'oublierai, montre-moi et je me souviendrai, implique-moi et je comprendrai ».
Puisque la pauvreté relationnelle est un concept encore peu discuté dans le milieu universitaire et encore moins par le grand public, les responsables de PER ont préféré lancer des questions plutôt qu'affirmer des réponses.
Parmi les grandes questions lancées : est-ce que l'enrichissement matériel engendre nécessairement l'appauvrissement relationnelle, par exemple l'effritement des liens entre générations ? Quels sont les impacts de la (sur)consommation sur nos rapports interpersonnels ? Est-ce que les nouveaux arrivants en provenance de pays défavorisés réussissent à « contaminer » le pays d'accueil avec les valeurs collectivistes et communautaires ? Dans le débat sur l'immigration, doit-on réduire l'apport des nouveaux arrivants à sa dimension économique – « on a besoin d'eux pour combler des jobs » ? Sans nier l'apport économique, y a-t-il aussi un apport relationnel, une richesse relationnelle que l'immigration transmet à la population québécoise ?
Vision dichotomique / binaire
Nord vs Sud, pauvre vs riche, monde occidental vs monde non-occidental, matériel vs relationnel : toutes ces oppositions binaires sont loin de refléter la réalité sur le terrain, une réalité multiple, nuancée, complexe. La vie des jeunes Québécois ne se limite pas à une souffrance relationnelle, tout comme la réalité des habitants des pays défavorisés ne se résume pas au bien-être relationnel. Le défi est de créer une campagne fictive qui reprend un modèle binaire – les publicités humanitaires – sans évacuer la complexité et la diversité sur le terrain.
Relativisation de la pauvreté matérielle
En inversant la logique de l'entraide internationale – le Sud vient maintenant au secours du Nord –, il y a le danger de relativiser la pauvreté économique et ses corollaires: malnutrition, non-accès à l'eau potable, main-d'oeuvre exploitée, etc. La réalité est que la grande majorité des habitants de la planète vivent toujours dans la précarité matérielle et aimeraient bien en sortir. Pourquoi pas un commerce mondial plus équitable, qui réglerait à la fois la précarité matéritelle dans le Sud et cette détresse relationnelle du Nord attribuable à la surconsommation entre autre ?
Par ailleurs, la campagne PER n'est pas une parodie des activités de organisations humanitaires. Aucun désir de moquerie n'habite les créateurs du projet, sinon une volonté de copier/coller les codes des publicités pour créer un contexte familier auprès du public.
« On a mis quelqu'un au monde, on pourrait peut-être l'écouter »
(Harmonium, 1974)
Public retraité
La société québécoise a connu des changements rapides en 50 ans. La Révolution tranquille a mis fin au pouvoir clérical et aux repères spirituels qui encadraient les Québécois, au profit d'une culture laïque et davantage matérialiste. Les années ont passé, et plusieurs baby-boomers commencent à reconnaître « l'échec du matériel ». Le projet s'adresse premièrement à toute cette tranche de la population qui entame sa retraite, et par le fait même, se trouve confronter à une quête de sens qu'elle avait toujours remisée. Rappelons ainsi qu'en 2009, 41 % des personnes qui se sont enlevé la vie au Québec avaient plus de 50 ans, soit un nombre en nette augmentation.
Public adolescent
Le public des 12-18 ans est au coeur de ce projet. L'adolescence est cette période où les certitudes éclatent et les repères familiaux sont contestés, pour laisser toute la place au pouvoir séducteur de la mode et de la société de consommation en général. Suite au travail de terrain effectué dans le cadre de ce projet, les intervenants auprès des jeunes – autant scolaires que communautaires – étaient nombreux à confirmer qu'il manquait un véritable débat public sur l'importance de la richesse existentielle et relationnelle.
Public immigrant
Un des objectifs du projet est de démontrer que l'immigration n'est pas seulement un apport positif à l'économie du Québec. Les nouveaux arrivants – ceux notamment qui proviennent de régions défavorisées – débarquent au pays avec des valeurs plus collectivistes. Bien qu'il faille éviter de tomber dans les clichés, nombreux sont les Néo-québécois qui portent en eux le lien social et une richesse relationnelle plus développée : lien intergénérationnel, lien familial, lien de voisinage, lien avec leur corps, etc.
Janvier / février 2011 – Constitution de l'équipe technique pour réaliser la recherche-action. Recrutement des participants au sein de la population immigrante de Rimouski. Sélection du projet au Grand Pitch Web, un concours pendant les Rendez-vous du cinéma québécois.
Mars à avril 2011 – Ateliers de réflexion et de création avec le groupe de personnes immigrantes et le groupe d'élèves. Conception du site web. Début de la réalisation du documentaire « making-of ».
Du 11 au 21 avril 2011 – Promotion du site web à travers un appel lancé au public pour participer au jumelage entre enfants et parrains.
20 avril au 7 juin 2011 – Lancement de la correspondance écrite entre enfants et parrains sur le site web.
7 juin 2011 – Événement public au Cinéma Paraloeil pour clore le projet. Projection du documentaire « making-of ».
Automne 2011 – Nomination du projet Parrainez Un Enfant Riche (PUER) dans la catégorie Prix du public au concours Boomerang 2011, qui récompense les
meilleurs sites et campagnes Web réalisés au Québec. Le projet arrive 6e sur une soixantaine de nominés.
Printemps/été 2012 – Écriture des scénarios d'une websérie par Julien Boisvert et Myriam Verreault.
Février 2013 – Tournage et diffusion d'une capsule vidéo qui donne le ton à la websérie en développement.
© 2013 Parrainez un enfant riche - Conception Hysope média